L'ENCAISSE DE SPECULATION ET PREFERENCE POUR LA LIQUIDITE

 

L'encaisse de spéculation traduit la préférence pour la liquidité des agents. La monnaie, c'est un lien entre le présent et le futur. C'est une forme de détention de richesse sans risque et sans coût de conservation. Il est naturel que la monnaie soit préférée aux titres dont la valeur fluctue. La préférence pour la liquidité se traduit, il y a une méfiance des agents économiques à conserver une encaisse, un pouvoir d'achat supérieur aux besoins courant de transaction. C'est une encaisse de spéculation ou de thésaurisation.

Ce supplément d'encaisse par rapport à l'encaisse de transaction est influencé par le taux d'intérêt. Dans l'utilisation de leur revenu, les agents opérant des choix successifs. Le premier choix est relatif à leur consommation et il est déterminé par la proportion à consommer, le choix suivant consiste à déterminer la part de l'épargne qui sera conservée sans forme monétaire et celle qui sera utilisée à acheter des titres. Et dans ce choix, le taux d'intérêt joue un rôle déterminant.

Or la valeur d'un titre dépend du taux d'intérêt courant, quand le taux d'intérêt est de 10%, il faut investir 100 pour toucher 10 de rendement. Supposons que le taux d'intérêt passe à 5%, alors pour toucher 10, il faut investir 200, la conséquence est qu'un titre rémunéré à 10% vaut plus qu'un titre rémunéré à 5% parce que 100 placés à 10% vaut autant que 200 placés à 5%.

Si le taux d'intérêt courant diminue, alors la valeur de tous les titres émis à un taux d'intérêt supérieur augment et inversement. Quand un agent décide de faire un placement, il s’intéresse à la valeur des actifs qu'il acquiert et pour cela, il prend en compte le rendement du placement déterminé par le taux courant. Il prend aussi en compte la variation prévisible de la valeur capitalisée du placement laquelle dépend du taux d'intérêt anticipé.

Quand le taux d'intérêt est bas, l'investisseur anticipe une hausse antérieure et il attend. Quand les taux sont élevés, placer est intéressant puisque l'on ne peut anticiper une diminution des taux. Si le taux est bas l'agent préfère conserver la monnaie, s'il est haut, il préfère prêter. Pour Keynes, le taux d'intérêt courant a une influence sur le comportement des agents. Les agents font des anticipations à long terme à partir desquelles ils déterminent un taux d'intérêt normal de longue période.

En confrontant le taux actuel au taux moyen anticipé considéré comme un taux normal, ils déduisent les variations ultérieures. Par exemple, si le taux courant est faible, et inférieur au taux normal, les agents anticipent une augmentation et attendent pour acheter des titres. Au contraire, si le taux courant dépasse le taux anticipé, alors ils s'attendent à une diminution et ils placeront le plus de liquidités possibles en titres à revenu fixe.

Pour Keynes, en principe, les anticipations des agents ne sont pas identiques et ceci explique qu'il y ait simultanément des offreurs et des demandeurs de titres. Mais lorsque le taux d'intérêt descend en-dessous d'un seuil planché, tous les agents anticipant une augmentation et toute épargne disponible est absorbée par la demande de monnaie. L'encaisse de liquidité est une fonction décroissante du taux d'intérêt.